L'OURSIN DIADEME DES ANTILLES
L’oursin diadème (Diadema antillarum) est reconnaissable à ses longs piquants noirs extrêmement fins et il est bien connu pour ses piqures douloureuses.
C’est une espèce clé, qui joue un rôle écologique fondamental dans l’équilibre de l’écosystème corallien.
Longtemps très abondant, cet oursin a connu un déclin massif au début des années 1980. En 2022, un nouvel épisode de mortalité massive les a de nouveau frappé.
Aujourd’hui, sa lente recolonisation suscite un vif intérêt scientifique et écologique.
Description morphologie
Le test de l’oursin diadème est relativement petit, de 5 à 7 cm de diamètre, mais les piquants peuvent mesurer de 10 à 30 cm.
Ces épines sont généralement noires mais peuvent être grises ou blanches, voire noires annelées de blanc chez les juvéniles. Elles sont fines, pointues, creuses et très fragiles. Elles bougent rapidement pour faire face à toutes les menaces.

Alimentation

L’oursin diadème est principalement nocturne. Le jour, il reste dissimulé dans des trous ou sous des surplombs rocheux. La nuit, il sort pour se nourrir et peut parcourir de longues distances sur le récif.
Diadema antillarum est strictement herbivore. Il se nourrit principalement de micro-algues qu’il racle sur le substrat à l’aide de sa mâchoire complexe appelée lanterne d’Aristote.
Lorsque sa population est importante, c'est le principal "brouteur" qui empêche les algues d'envahir le récif.
Relation avec les autres espèces
Les longues épines de l’oursin diadème offrent une protection à quelques crustacés tels que des crevettes ou des crabes.
On peut également y trouver des poissons cardinaux et des apogons.
Mais il peut constituer une proie, pour certains poissons et invertébrés, surtout lorsqu'ils sont encore juvéniles.

Reproduction

La reproduction est sexuée et se fait par fécondation externe. Les mâles et les femelles libèrent leurs gamètes en pleine eau, de manière synchronisée.
Pour s'assurer de cette synchronisation, ils envoient auparavant une substance chimique dont l'odeur prévient les voisins.
Des regroupements d'oursins sont classiquement remarqués pendant la période de frai, correspondant à celle des températures les plus élevées (du début de l'été jusqu'au début de l'hiver).
Développement larvaire et longévité
La fécondation en pleine eau donnera naissance à une larve.
Pendant les quatre à six semaines que dure leur vie, les larves planctoniques, se déplacent à l’aide de cils. Selon les courants, leur dispersion peut être importante.
Elles vont ensuite subir une métamorphose en juvénile d'oursin pour s'établir sur le récif.
La croissance est relativement rapide durant les premières années. La longévité de l’oursin diadème peut atteindre plusieurs années, voire plus d’une décennie dans des conditions favorables.

Un rôle écologique majeur

Les oursins diadèmes sont à la base de l’équilibre des récifs coralliens antillais. En contrôlant la biomasse algale, ils permettent aux coraux de se développer et de se régénérer.
En effet, ces redoutables herbivores participent au bon état de santé des récifs coralliens en les débarrassant des algues indésirables qui nuisent à leur croissance.
Lorsque les populations de Diadema antillarum chutent, les algues envahissent rapidement les récifs, empêchant la croissance des coraux et réduisant la biodiversité récifale.
Mortalité massive historique
Au début des années 1980, une épidémie d'origine toujours mystérieuse décima la population de cet oursin dans des proportions extraordinaires : jusqu'à 98 % des individus périrent en quelques mois.
Depuis cet épisode, il y a plus de 40 ans, les oursins diadème avaient recolonisé les récifs. Toutefois, la densité d'individus était bien inférieure à ce qu'elle était avant 1980.
En 2022, une nouvelle vague de mortalité des oursins diadèmes se produit dans toute la Caraïbe, entrainant une nouvelle fois une mortalité de plus de 90 %.

Cause de la mortalité en 2022

Des scientifiques américains sont parvenus à identifier le coupable. Il s'agit d'un cilié, autrement dit, d'un être vivant unicellulaire (ni animal, ni végétal, ni fongique, ni bactérien) recouvert de cils qui lui permettent de se déplacer et de se nourrir.
Si la plupart des ciliés sont inoffensifs, celui-ci – le "scuticocilié" – s'avère mortel pour les oursins. Il appartient à la famille des Philaster, dont certains membres sont connus pour causer plusieurs maladies chez des animaux marins (crustacés, coraux, requins, poissons, ...).
Bien que les ciliés soient présents librement en mer, l'origine de leur prolifération à travers les Caraïbes, n'est pas encore comprise.
© Mya Breitbart USF College of Marine Science
Situation actuelle et dynamique de recolonisation
Dans certaines régions des Antilles, on observe aujourd’hui une recolonisation progressive de Diadema antillarum.
Cette reprise reste lente et inégale, mais elle constitue un signe encourageant pour la résilience des récifs coralliens.

Aide au repeuplement des oursins diadèmes
© Alwyn Hylkema https://dcnanature.org/anr/

Un projet de mise en place de pièges à larves constitués de chainettes de bioballs suspendues, va fournir aux larves un moyen de se protéger de leurs prédateurs les plus connus comme le Baliste Royal, la langouste, le casque roi, les labres et autres crabes marins.
Ainsi protégée la larve va se transformer rapidement (en une heure environ) en petit oursin par le développement des cinq plaques du test. Sa forme est alors définitive, même s'il continue à grossir tout au long de sa vie.
Les juvéniles passent ainsi les premiers jours de leur vie à l'écart des prédateurs du récifs. Lorsqu’ils auront suffisamment grandi pour être protégé par leurs épines, ils descendront sur le substrat pour y trouvera un nouvel abri.
Ces petits oursins brouteront les algues, poursuivant leur rôle fondamental dans la survie des récifs.
Cette méthode, développée à Saba, est en phase expérimentale en Guadeloupe grâce aux chercheuses de l'université des Antilles.
V-Reef est un des partenaires du projet, notre objectif sera donc de le poursuivre pour assister le processus de repeuplement.
Les premiers résultats montre qu'en combinant suivi scientifique et actions de restauration, il est possible d'envisager une inversion du déclin de ces écosystèmes.
Bibliographie et liens.
Humann P., Invertébrés coralliens - Identificatin -Floride - Caraïbes - Bahamas
A scuticociliate causes mass mortality of Diadema antillarum in the Caribbean Sea. Ian HEWSON et al. 2023

